Schéma d’abandon : peur de l’abandon, origines et comment s’en libérer

peur de l'abandon

Ce silence qui dure trois heures et la peur de l’abandon qui vous tord le ventre…

Iel met du temps à répondre. Trois heures. Peut-être quatre. Et vous, pendant ce temps, vous avez déjà écrit le scénario en entier, votre peur de l’abandon a appelé les pompiers : iel s’est lassé·e, a rencontré quelqu’un d’autre, ne vous aime plus, c’est fini, vous le saviez de toute façon, ça finit toujours comme ça.

Spoiler : iel était juste en réunion.

Mais votre corps, lui, il n’a pas vécu une réunion. Il a vécu un abandon. En accéléré, dans votre tête, avec tous les détails.

Bienvenue dans le schéma d’abandon, sans doute le schéma sur lequel je reçois le plus de retours au cabinet depuis que j’ai publié mon article sur les schémas du domaine de la Séparation et du Rejet. Vous l’aviez déjà croisé là-bas, en quelques lignes. Aujourd’hui, je lui consacre l’article complet qu’il mérite, parce que la peur de l’abandon ne se résume jamais à quelques lignes. Elle prend toute la place !

Qu’est-ce que le schéma d’abandon ?

Le schéma d’abandon fait partie des 18 schémas précoces inadaptés identifiés par le psychologue américain Jeffrey Young, dans le cadre de la thérapie des schémas. Il appartient au domaine de la Séparation et du Rejet, celui qui se développe quand les besoins de sécurité et de stabilité affective n’ont pas été suffisamment comblés dans l’enfance.

Concrètement, c’est la conviction profonde, et souvent totalement inconsciente, que les personnes que vous aimez vont finir par partir. Qu’elles vont devenir imprévisibles, vous décevoir, mourir, ou simplement ne plus vous aimer. Que le lien, par nature, est fragile, et que la perte est une question de temps, pas de probabilité.

On distingue en général deux versants à ce schéma, qui se mélangent souvent chez une même personne :

  • L’instabilité concrète : la peur que l’autre parte physiquement, vous quitte, disparaisse réellement
  • L’imprévisibilité affective : la peur que l’autre soit présent·e physiquement, mais émotionnellement absent·e, inconstant·e, tantôt chaleureux·se, tantôt distant·e (ce qui revient, dans votre système nerveux, exactement au même)

Et c’est là tout le problème de ce schéma : il ne se calme pas avec des preuves. Une relation stable depuis dix ans ne suffit pas toujours à l’éteindre : parce que ce n’est pas votre relation actuelle qu’il interroge, mais une mémoire bien plus ancienne.

Il est même probable que rien qu’en lsiant ces lignes, vous angoissiez rien que de l’imaginer ! Alors, on respire un bon coup, tout va bien se passer. *Ahouuuum*

Les origines du schéma d’abandon

Comme tous les schémas précoces, celui-ci se construit dans l’enfance, à une période où vous n’aviez ni les mots ni le recul pour comprendre ce qui se passait. Vous avez juste appris, dans votre corps, que les liens pouvaient se rompre, ou devenir instables, sans prévenir.

Ce que l’on retrouve fréquemment dans les histoires de vie :

  • Une séparation ou un divorce parental brutal
  • Le décès d’un parent ou d’une figure d’attachement importante
  • Un parent souffrant de dépression, d’addiction ou de maladie, dont la disponibilité affective variait sans logique apparente
  • Des changements répétés de figures de référence : déménagements, gardes alternées chaotiques, placements, internats précoces
  • Un parent qui utilisait la menace du départ comme outil éducatif (« si tu continues, je m’en vais »« tu vas me faire mourir »)
  • Une inconstance affective : un parent tour à tour très présent et totalement indisponible, sans que l’enfant puisse prévoir lequel des deux il allait rencontrer ce jour-là

Ce dernier point est sans doute le plus sous-estimé. On pense souvent que le schéma d’abandon vient forcément d’un grand drame, d’un parent qui est parti pour de vrai. Mais l’imprévisibilité fait parfois plus de dégâts qu’une absence franche. Un enfant qui sait qu’il n’a pas de parent disponible s’adapte. Un enfant qui ne sait jamais à quoi s’attendre reste en alerte permanente. Et c’est cette alerte permanente qui s’installe, et qui devient le schéma.

Parfois, le schéma d’abandon se joue même encore avant : dans la toute petite enfance, au stade de nourisson ou même d’embryon !

Les symptômes du schéma d’abandon

Les pensées typiques

Les croyances que ce schéma installe, en boucle, souvent sans même que vous les remarquiez passer :

  • « Tout le monde finit par partir »
  • « Je ne peux pas vraiment compter sur les autres »
  • « Si je m’attache trop, je vais souffrir »
  • « Iel est distant·e, c’est qu’iel ne m’aime plus »
  • « Je suis trop, je vais le ou la fatiguer, et iel partira »
  • « Cette relation est trop belle pour durer »

Les comportements typiques

C’est ici que le schéma d’abandon devient particulièrement déroutant, parce qu’il peut produire des comportements totalement opposés selon les personnes, et même chez la même personne selon les périodes :

  • Recherche compulsive de réassurance : cela marche 5 minutes top chrono
  • Coller la personne
  • Tester la personne pour se prouver qu’on a raison : oui, si vous ne lui laissez pas d’air, iel va partir, vous aurez raison, mais à quel prix ?
  • Rejet préventif : c’est bien connu, provoquer un abandon est plus agréable qu’en subir un… FAUX, votre cerveau le vit de la même façon !
  • Choix de partenaires instables et indisponibles : cela vous fait souffrir mais c’est malgré tout la seule chose que vous connaissez, c’est votre zone de confort…
  • Jalousie et hypersurveillance

Les émotions dominantes

  • Angoisse
  • Sentiment de vide 
  • Désespoir disproportionné
  • Colère
  • Insécurité

Les situations déclenchantes

  • Un message qui met du temps à arriver
  • Un changement de ton, d’humeur, ou de disponibilité chez l’autre
  • Une absence prévue : voyage, déménagement, simple soirée entre amis…
  • … ou imprévue
  • Une rupture, même ancienne, qui se réactive dans une nouvelle relation
  • Le silence (le pire déclencheur de ce schéma)

Dans ces moments-là, ce n’est pas la situation présente qui parle le plus fort. C’est l’enfant qui, un jour, a attendu un parent qui n’est pas venu, ou qui n’a jamais su s’il allait rencontrer la version chaleureuse ou la version absente de cette même personne.

La fausse conséquence positive

Comme tout schéma, celui de l’abandon survit parce qu’il vous donne l’illusion de vous protéger :

  • « Si je ne m’attache pas trop, je ne souffrirai pas quand on partira »
  • « Si je reste très proche, très présent·e, je peux empêcher l’autre de partir »
  • « Si je teste l’autre régulièrement, je saurai à l’avance s’iel va rester »
  • « Si je pars le ou la première, au moins je garde le contrôle »

Le problème, vous l’aurez compris, c’est que ces stratégies abîment justement les relations qu’elles essaient de sauver. La peur de l’abandon, quand elle n’est pas travaillée, finit souvent par provoquer ce qu’elle redoutait le plus. Et votre schéma s’en frotte les mains d’avance.

Guérir sa peur de l’abandon grâce à la thérapie des schémas

La bonne nouvelle, c’est que le schéma d’abandon n’est pas une sentence à vie. Il s’assouplit, avec du travail et du temps.

La thérapie des schémas est particulièrement indiquée ici, parce qu’elle ne se contente pas de vous apprendre à « moins envoyer de messages anxieux ». Elle va chercher la racine : la croyance d’enfance, l’enfant abandonné ou apeuré qui continue, en silence, à réagir à votre place dans vos relations d’adulte.

En séance, on travaille notamment :

  • L’identification du schéma, pour le reconnaître au moment où il s’active, plutôt que de le confondre avec « la réalité »
  • Le lien entre passé et présent, pour comprendre d’où vient cette intensité émotionnelle qui semble parfois disproportionnée
  • Les modes schématiques : l’enfant abandonné qui panique, le protecteur qui colle ou qui fuit, et l’adulte sain qu’on entraîne à apaiser les deux
  • La tolérance à l’incertitude et à la séparation, progressivement, sans se mettre en danger émotionnel
  • Des relations plus sécures, en sortant des cycles de test, de collage ou de rejet préventif

La relation thérapeutique elle-même fait partie du soin. Vivre, dans le cadre des séances, une présence stable, prévisible, qui ne part pas au moindre désaccord : pour quelqu’un qui porte un schéma d’abandon, c’est souvent une expérience correctrice, au sens propre. Le système nerveux apprend, doucement, qu’une autre forme de lien existe.

Vous vous êtes reconnu·e ?

Si la peur de l’abandon résonne en vous, sachez que ce n’est ni une fatalité, ni un défaut de caractère. C’est une stratégie d’adaptation qui a eu du sens, un jour, dans un contexte précis. Le problème, c’est qu’elle a continué à tourner alors que le contexte, lui, a changé.

Pour aller plus loin, je vous invite à lire mon article pour identifier vos croyances limitantes, une première étape concrète avant d’entamer un travail thérapeutique. Et si la carence affective vous parle aussi, j’en parle en détail dans cet article — les deux schémas font souvent bon ménage, malheureusement.

Enfin, pour celleux qui se reconnaissent dans cet article et souhaite voire une psychologue : je suis Sandra Da Silva, psychologue spécialisée en thérapie des schémas, je reçois en cabinet à Tours Centre et en téléconsultation pour les personnes plus éloignées. La peur de l’abandon, j’en travaille avec mes patient·es très régulièrement. C’est l’un des schémas les plus douloureux, les plus fréquents dans mon cabinet, et l’un de ceux qui répondent le mieux à la thérapie, à condition de s’y atteler avec sérieux !

Vous n’avez pas à continuer à vivre sur vos gardes, à chaque silence. 🌸

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *